Isabelle, il y a un an aujourd'hui tu nous quittais
sans nous avoir dit au revoir, sans nous avoir dit ce que tu nous reprochais ! et tu nous manque toujours autant ! Tu sais, je n'ai repris le travail que le 19 octobre ... mais il ne se passe pas
un jour sans que je te cite en exemple pour leur rappeler la valeur que tu avais à mes yeux, sans que je dise quelle fille formidable tu étais, pour qu'ils prennent bien conscience qu'ils
n'avaient pas su t'apprécier et que maintenant c'est trop tard ! Quand on change de chef, on dit "on sait ce que l'on perd, mais on ne sait pas ce que l'on prend !" mais est-on vraiment sûr de
savoir qui l'on a autour de soi ? est-ce que l'on dit suffisamment à quel point on apprécie quelqu'un ?
Tu sais, je m'en veux chaque jour un peu plus de ne pas t'avoir téléphoné ! je sais, tout le monde s'accorde à dire que lorsqu'une personne a décidé de sauter le pas on ne peut rien y faire, on ne l'arrête pas ... mais je continue à croire que si je t'avais appelée on aurait pu essayer ensemble de t'en sortir !
En parlant avec les uns, avec les autres -qui t'aimaient et t'appréciaient- je me rends compte que toute seule tu ne pouvais pas le surmonter ... et moi je n'ai rien tenté !
Nous n'étions pas ce que l'on appelle des Amies ... je n'entrais pas dans tes confidences comme tu n'entrais pas dans les miennes, notre vie privée était privée ! je sais que ta discrétion a fait que tu n'as pas osé me téléphoner comme la mienne m'a fait respecter ta tranquillité ... quelle bêtise nous avons pu faire là ! je ne serais peut-être pas en train de t'écrire ce petit mot ! Tu sais, je te parlais de cet ami qui était très déprimé et qui chaque jour voulait en finir, ça m'a demandé des heures de tchat, mais maintenant -aidé certes par des antidépresseurs- il a repris goût à la vie, il ne se passe pas une semaine sans qu'il me fasse part de nouveaux projets.
Je n'ai même pas pu t'accompagner à ta dernière demeure, je ne conduisais plus, je n'y voyais pas à trois pas ... je ne reconnaissais les gens qu'au son de leur voix et c'est le moment que tu as choisi pour t'en aller, ce moment où je ne pouvais rien faire ... que parler au téléphone !
Je te dis plus haut que j'ai repris mon travail le 19 octobre, mais si je te disais que je me sens étrangère au service. Je ne me sens vraiment pas bien sur cette chaise, devant cet écran d'ordinateur qui sont les miens depuis maintenant 5 ans. Quand j'ai annoncé à la chef que je serai absente au moins deux mois pour mon opération, elle m'a répondu "on fera sans vous !", Flo va encore dire que je ne l'ai pas digéré ... mais qui le digérerait ? Fin septembre, en convalescence de ma deuxième vitrectomie, j'ai appelé la chef pour lui dire que j'étais prolongée jusqu'à fin octobre mais que je doutais fort de reprendre avant la fin de l'année vu qu'il me restait encore tous les congés annuels à épuiser ... elle m'a simplement demandé si je souffrais et m'a remercié de l'avoir prévenue ... bref la communication a duré à peine plus d'une minute ! La seconde fois où je l'ai eue au téléphone, c'est le jour où tu as décidé d'en finir ... mais là il n'était pas question de moi ! Puis nous sommes passés en 2009 ! Avec Flo nous nous appelions tous les vendredis, c'était un rituel depuis ma sortie de clinique, j'entendais entrer et sortir de son bureau, elle était interrompue dans la communication, elle me demandait de patienter mais il n'y en a pas un qui ait eu le courage -car il devait en falloir- de me faire un petit coucou en attendant ... puis un jour j'ai fait une tirade de plus de cinq minutes à Flo -à croire que j'étais remontée- sur ce que je pensais de cette équipe ... je la soupçonne d'avoir fait passer quelques petits messages sibyllins dans la conversation car la chef m'a enfin appelé après ma première opération de la cataracte ... fin mars ! en me promettant de me rappeler après la suivante ... ça a été début juin, je ne l'attendais plus. Et là, maintenant j'ai l'impression que je ne fais pas partie du service, certes, elle me dit bonjour mais parfois -même si je suis à ma place- elle s'adresse à Flo comme si je n'y étais pas ! Alors, je me suis octroyé des tâches, je me suis fixé des objectifs ... ces tâches sont terminées, j'ai largement atteint mes objectifs, puis je suis allée voir la DRH voir où elle en était dans ses réflexions pour qu'elle me sorte de là ... je voudrais arriver à la retraite et en profiter un peu !
J'ai juste eu le temps de poser mes fesses sur la chaise, elle m'a dit qu'elle n'avait pas pensé à moi et
qu'avec ce qu'elle avait à faire, elle ne s'en occuperait pas avant la fin de l'année .... mais au fait laquelle ? qu'elle n'avait pas eu d'idée lumineuse, que si j'en avais une ... ! Donc, je
suis repartie comme j'étais venue mais avec une violente envie de rentrer chez moi ... puis je me suis dit "il y a le service à finir, alors tant pis je reste et on verra
demain".
Tu vois, ma chère Isabelle, ton sacrifice n'a pas soulevé des questions, n'a pas fait prendre conscience du malaise qui règne dans cette crémerie, n'a fait remettre personne en question ... mais que veux-tu les arrivistes et les machos ... c'est comme ça !
Il faut dire que depuis quelques semaines, il me venait des idées bizarres ... comment pourrais-je disparaître -oh ! non, pas comme toi- sans laisser de trace, partir loin, très loin, sans papier, sans voiture, sans téléphone, errer par les chemins les mains dans les poches et vider complètement ma tête, repartir d'ailleurs sans passé, sans souvenir ....
Et donc le lendemain de cet interlude chez la DRH, je n'ai pas pu partir ... chaque fois que je m'approchais de la salle d'eau, je faisais demi-tour retardant le moment du départ. Puis vers 8:30, j'ai appelé Flo pour la prévenir que je ne viendrai pas, que j'allais voir le toubib parce que vraiment je passais de trop mauvaises soirées et que je ne pouvais pas rester comme ça. Le médecin m'a arrêtée pour 2 semaines, je suis sous antidépresseur pour au moins six mois à ce qu'il m'a dit ... et Flo a expliqué clairement à la chef ce que j'avais et surtout comment je me sentais depuis mon retour ! Elle m'a appelé pour m'expliquer qu'elle ne voulait pas me mettre à l'écart, qu'elle n'avait pas idée à quel point j'étais mal, qu'elle avait absolument besoin de quelqu'un comme moi, que quelqu'un qui avait mon potentiel et mes connaissances de la maison était précieux pour celui qui commandait ... enfin bref, beaucoup de pommade, un petit coup de brosse à reluire et quelques petits mensonges pensant que je n'avais pas de mémoire sans doute !
Enfin, au bout des deux semaines, j'ai repris le travail -le frein à main serré, et prête à enclencher la marche arrière- en me disant qu'il ne me restait plus qu'une semaine et demi avant les vacances de Noël, puis elle part en stage, puis en mission ... bref je ne devrais plus avoir à faire avec elle d'au moins un an ! d'ici là la restructuration sera sans doute intervenue et ma situation aura peut-être changé ... en mieux j'espère !
À la décharge de son adjoint, il semblerait qu'il soit en train de prendre la mesure du désastre, ton départ,
les dégâts de la chef -dont il a un peu souffert- et mon mal être, il me sollicite souvent ... est-ce de la considération, de la condescendance ? l'avenir nous -me- l'apprendra
!
Isabelle, que tu me manques ! ... que tu nous manques !!!
Maryse
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